L’exposition Oriental Speculum propose différents regards sur la femme au Moyen-Orient, de l’Egypte à l’Afghanistan en passant par l’Algérie ou l’Iran, à travers des photographies du XIXe siècle et d’autres médiums (dessin, gravure, sculpture, installation…).
Artistes : Ghada Amer, Parastou Forouhar, Reto Albertalli, Sabrina Teggar, Sandrine Pelletier
Curatrice : Julia Hountou
Exposition du 04 - 29 juin 2014, organisée dans le cadre des Rencontres Orient-Occident aux Caves de Courten, Sierre (CH).
“En dépit d’avancées prometteuses dans certains domaines, la discrimination envers les femmes persiste à travers le monde. Ainsi, à l’heure actuelle, au Moyen-Orient, les habitantes des pays arabes - considérées comme des citoyennes de deuxième classe - sont encore absentes des milieux judiciaires, du parlement et des hautes sphères de l’administration. Diverses formes de ségrégation - dans l’éducation et l’emploi - et de violences - abus, humiliation, agressions, viol, exploitation, meurtre… - à leur encontre sont encore admises.
Dans le cadre de l’exposition Oriental speculum : images des femmes au Moyen-Orient, des photographies du 19ème siècle ainsi que les œuvres des artistes tels que Ghada Amer, Parastou Forouhar, Reto Albertalli, Sabrina Teggar et Sandrine Pelletier proposent différents regards sur la femme au Moyen-Orient, de l’Egypte à l’Afghanistan en passant par l’Algérie ou l’Iran, à travers une vaste palette de médiums (dessin, gravure, sculpture, photographie, installation…)
Images jaillies du passé, les photographies issues des archives d’Olivier de Beaumont, collectionneur passionné par l’Egypte (18ème, 19ème siècles) révèlent notamment combien, au 19ème siècle, les « clichés » de femmes orientales voilées suscitent un intérêt ambivalent alternant entre attirance et interdit ; la bourgeoisie européenne se délecte de ces archétypes sur lesquels elle peut librement projeter ses fantasmes.
Loin de la passivité suggérée par ces représentations figées, les artistes natives de ces pays ont pris leur destin en mains et livrent une vision toujours pertinente, parfois douloureuse, de leurs sœurs orientales. Elles n’hésitent pas à recourir aux techniques ancestrales pour revisiter le présent, telle Ghada Amer, née au Caire, qui s’est spécialisée dans l’usage de la broderie, médium traditionnel conçu comme un symbole du conformisme féminin. En réorientant le sens et la portée de cette activité domestique envisagée chez elle comme une forme d’écriture, elle mène une réflexion audacieuse sur le rôle des femmes dans l’art et l’organisation sociale.
Dans un registre plus engagé, l’Iranienne Parastou Forouhar exprime à travers ses œuvres sa critique de la situation en Iran et du fondamentalisme iranien. Elle évoque notamment un traumatisme survenu à la fin des années 90, lorsque ses parents, activistes politiques, ont été sauvagement assassinés. Depuis, dans toutes ses créations, l’horreur vient se mêler sans complexe à la beauté.
Mus par un besoin de découverte débarrassé des a priori, des artistes occidentaux sont allés à la rencontre des musulmanes opprimées. Au-delà de la seule dimension esthétique, les travaux qu’ils ont rapportés ont valeur de témoignage, à l’exemple du photographe Reto Albertalli. Particulièrement sensible aux problèmes sociaux qui touchent les femmes dans les pays en difficulté, il n’hésite pas à braver les tabous en réalisant le portrait de jeunes filles de Kaboul posant à visage découvert.
A la croisée de deux cultures, Sabrina Teggar présente quant à elle les magnifiques portraits féminins issus de sa série photographique Mnémosyne et boîte de Pandore. Née d’une mère suisse et d’un père algérien, la photographe choisit de mener une quête sur ses origines à travers ce travail, tout en questionnant la condition féminine en Algérie.
Enfin, suite à sa résidence de six mois au Caire, en 2012, Sandrine Pelletier revient notamment avec des bustes en céramique de personnages momifiés ou de femmes voilées, interrogeant l’ambivalence de cet attribut religieux, tantôt perçu comme un symbole d’oppression, tantôt comme un support de fantasmes.
S’ils dépeignent avec sincérité une réalité souvent âpre, ces artistes n’omettent pas le souffle d’espoir qui se fait jour ici et là. Ainsi, considérant que la violence à l’égard des femmes n’est pas inéluctable, ils scrutent, chacun à sa manière, la place de celles-ci dans notre société.
Julia Hountou, curatrice de l’exposition
[1] Ce terme vient du latin speculum, « miroir », car il permet de voir (ainsi, ce qui se rapporte au miroir est dit « spéculaire »).
Un spéculum est un instrument médical (notamment gynécologique) - généralement en métal ou à usage unique en plastique - permettant d’explorer une cavité corporelle par écartement des parois. Il peut ici suggérer la notion d’exploration, voire d’intrusion ou d’agression, assimilables aux violences - physiques et psychiques - faites aux femmes.
Affiche de l’exposition
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
Couverture du catalogue : Textes de Julia Hountou.
Artistes : Ghada Amer, Parastou Forouhar, Reto Albertalli, Sabrina Teggar, Sandrine Pelletier
Catalogue - Artiste : Reto Albertalli. Texte : Julia Hountou
Catalogue - Artiste : Reto Albertalli. Texte : Julia Hountou
Catalogue - Artiste : Sabrina Teggar. Texte : Julia Hountou
Catalogue - Artiste : Sabrina Teggar. Texte : Julia Hountou
PRESSE
- Oriental speculum : images de la femme au Moyen-Orient : Lire sur PerformArts / Actuphoto / Le Temps / Château Mercier
- Reto Albertalli - Girls of Kabul, 2011-2012 : Lire sur Exporevue
- Sabrina Teggar - Mnémosyne et boîte de Pandore, Algérie 2012 : Lire sur PerformArts
Vidéo sur Phovea.com
Radio : RTS-Espace 2
Le Journal de Sierre, n°10, 23 mai 2014, p. 7