Julia Hountou, "Le corps au mur - La méthode photographique de Gina Pane", Etudes photographiques, novembre 2000, n°8, pp. 124-137
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“Un an avant sa disparition, Gina Pane (1939-1990) faisait une déclaration qui suffit à définir le statut qu’elle accordait à ses grands montages photographiques dénommés « constats d’action ». « La mise au mur était donc déjà intégrée dans l’action, affirme-t-elle.
L’action corporelle n’a jamais été pensée comme une œuvre éphémère, mais comme une composition murale réalisée en trois temps1. »
Ces trois temps – préparation (story-boards), action et prises de vue, puis montage –, désignent un processus maîtrisé dans lequel la photographie travaille à l’accomplissement iconique de la performance.
Robert Fleck, à l’occasion de la récente rétrospective consacrée à Gina Pane, évoquait l’apparente conversion de ces “constats” documentaires en œuvres autonomes2.
Selon lui, l’idée même de concevoir la documentation d’une action « comme une œuvre multimédia indépendante3 » est une des contributions majeures de Gina Pane à l’art de la performance.
Mais cette « autre œuvre » (Fleck) est-elle véritablement “autre” ?
La performance et le “constat” final s’imbriquent à tel point qu’on ne sait plus très bien si l’action est conçue selon les contraintes de l’enregistrement visuel, ou bien si les images s’adaptent au scénario de la performance.
La finalité que Gina Pane semble assigner à l’action, ce qu’elle désigne comme des « compositions murales », ne plaide-t-elle pas plutôt en faveur d’une combinaison des pratiques visant à un unique résultat, au risque de priver l’action d’une autonomie qu’on voudrait peut-être trop lui accorder ?
À l’heure où l’art corporel s’établit officiellement dans l’histoire de l’art4, la question semblera “iconoclaste”.
Il n’empêche, la position de la plus éminente représentante de l’art corporel en France mérite que l’on s’y attarde.
On décrira donc ici, au travers notamment de son célèbre Autoportrait(s) de 1973, la “méthode photographique” de Gina Pane, en observant la frontière floue qui sépare le référent de sa représentation. (...)”
Extrait de l’article de Julia Hountou